Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée, Christiane Felcherinow

Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée, Christiane Felcherinow
titre original:Christiane F, wir kinder vom bahnof zoo

date de parution:1981

Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée

résumé:C'est une histoire vraie, une autobiographie.
Dans les années 1970, à l'âge de 11 ans, Christiane débarque à Berlin, dans les quartiers pauvres. Battue par un père alcoolique, de nature rebelle, Christiane n'est que trop heureuse le jour où elle va habiter avec sa mère qui a demandé le divorce. Mais c'est une enfant fragile et influcençable. Délaissée par sa mère, elle dispose d'une très grande autonomie. Guidée par ses amis, elle fume ses premiers joints à l'âge de 12 ans à peine, et commence à se gaver de LSD, de haschich et de médicaments psychotropes en tout genre. Elle ne sait pas vraiment pourquoi elle fait ça. Pour elle c'est un peu dans la continuité de sa vie. Vie qu'elle n'aime pas. Mais elle aime ses amis. A 13 ans elle se fait son premier fixe d'héroïne. C'est le début de sa descente aux enfers. Complètement dépendante, elle est obligée de se prostituer dès l'âge de 14 ans, comme tous ses amis, pour subvenir à ses besoins de drogue, pour éviter la crise de manque. Peu à peu elle voit tous ses amis crever d'overdos, les uns après les autres, dont sa meilleure amie, Babsi, âgée de 14 ans. Après plusieurs sevrages ratés, Christiane, qui n'a que son amour pour Detlev pour la tenir en vie, manque un suicide. Elle finit toujours par se sauver lorsqu'elle est internée et replonge irremediablement. Ce livre, pas du tout moralisateur au contraire, est le poignant témoignage d'une gamine qui se retrouve plus morte que vivante.

mon avis:Un jour voilà que je me procure un livre. Moi, Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée. Me voilà bouleversée. En quelques heures, d'une seule traite, voilà que j'ingurgite cette autobiographie poignante. Ayant perdu le sens des heures et de la réalité, complètement sonnée après l'arrêt de ma lecture, commencée des heures plus tôt, je regarde l'heure. Minuit passé. Minuit passé et je suis là dans ma chambre, mais ce n'est plus de moi dont il s'agit. Non je suis Christiane, je suis cette gamine, qui pour impressioner ses amis plutôt que parce qu'elle est de nature rebelle plonge peu à peu dans l'univers de la drogue douce. Je suis cette Christiane qui a 13 ans après se fait son premier fixe d'héroïne, parce qu'elle est amoureuse, parce que la vie n'a rien à lui apporter, parce qu'elle souffre horriblement. Je suis cette Chistiane qui se prostitue à la station de métro Zoo, à Berlin, pour pouvoir se payer ses shoots. Je suis Chistiane, elle est moi, et nous nous tenons la main lors de son premier sevrage, puis lorsqu'elle perd son amour, qu'elle replonge, se fait arrêter, retrouve Detlev, retente un énième sevrage, y survit, replonge, tente de se tuer, souffante et tremblotante. Je suis Christiane et je pleure avec elle lorsque tous ces amis, les uns après les autres, crèvent du hot shot. Je suis Christiane lorsqu'elle lit le journal et qu'elle y voit que sa meilleure amie, la si jeune Babsi, vient de crever une overdose, devenant ainsi à 14 ans la plus jeune fictime de l'héroïne. Je suis Christiane lorsqu'elle fait le tapin au milieu de tous ces fixers, et qu'elle a perdu tout semblant d'existence. Ensemble nous avons mal, nous sommes perdues. Pourtant elle et moi n'avons rien en commun, nos histoires n'ont rien de semblables. Si notre regard sur la vie est acerbe, ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons. Mais lorsque Christiane parle de ses projets d'avenirs avec tant d'enthousiasme, de sa belle maison, de son sevrage réussi, j'ai envie de la croire, et je deviens moi aussi une éphémère optimiste. Je suis Christiane et l'espace d'un instant je me demande si la fin de son livre signifie la fin de ma vie. Après tout, sans elle, je n'ai plus aucune raison d'être là. Mais j'ouvre les yeux. Je regarde autour de moi. Je suis dans ma chambre. Et je ne suis pas Christiane. Et là il ne me reste que les larmes pour souligner qui je suis vraiment. Une étrangère à moi même, une ombre. Je me sens coupée du monde. Et la nuit qui suivra sera l'une des plus horribles de mon existence. La torture mentale que m'infligera Christiane sera sombre et violente, presque délétère.
Et il n'y a rien de plus atroce et douloureux que de s'identifier à une personne qui ne nous ressemble pas, et qui est plus morte que vivante.

Pour ceux que ça intéresse, sachez que Christiane est toujours en vie, elle a actuellement 45 ans et elle est maman d'un petit garçon. Cependant elle est atteinte d'une hépatite, qu'elle a certainement attrapée avec une seringue.
Il est évident que ce livre rentre à la deuxième position de mes livres préférés.

# Posté le samedi 23 juin 2007 10:51